La puissance de l’emprise psychologique au cœur des violences conjugales

Article publié le 05/07/2019 à 12h13 Manon Debut – lavie.fr

Alors qu’un rassemblement dénonçant les cas de féminicides a lieu le 6 juillet à Paris, Louise Delavier, responsable de l’association En avant toute(s), revient sur l’impact de la violence psychologique au sein des violences conjugales.

Dénoncer les violences conjugales à Paris samedi 6 juillet, c’est l’appel que lance le Collectif des proches et familles des victimes de féminicides, à partir de 17h sur la place de la République, en présence de l’actrice Muriel Robin. Cette mobilisation vient réagir au nombre de 72 femmes décédées sous les coups de leur (ex)-compagnon depuis début janvier. Être victime de violences conjugales est-il synonyme de coups et blessures visibles ? Et si cette violence s’avérait également plus discrète, plus profonde : moqueries, humiliations, rabaissements qui finissent par être acceptés tant ils détruisent l’estime.

Louise Delavier, responsable de la communication de l’association parisienne En avant toute(s) qui lutte pour l’égalité femmes-hommes et la fin des violences faites aux femmes, est catégorique : « Il n’y a pas de violences conjugales sans violences psychologiques. Les violences physiques ne sont pas un passage obligatoire ». L’association, à destination des 12-25 ans, communique avec les victimes via un tchat numérique direct. « L’objectif c’est d’être la première écoute et de faire un premier accueil de ces femmes qui n’osent pas appeler des numéros (3919) ou demander de l’aide aux associations. Certaines ne se rendent pas compte qu’elles sont victimes de violences conjugales car elles ne se reconnaissent pas dans les représentations traditionnelles (femmes mariées d’une trentaine d’années vivant avec l’auteur des actes) et ne se sentent pas légitimes. Les campagnes de communication insistent sur les violences physiques car les corps abimés sensibilisent à cette question mais ces images peuvent être assez réductrices, l’aspect psychologique occupe une place primordiale. »

Une fois la victime coupée de ses repères, vient la dévalorisation

L’emprise psychologique est si puissante que des femmes ayant réussi à quitter leur domicile après un déclic (geste de trop, regard extérieur, futur de leurs enfants…) admettent revenir plusieurs fois, oppressées : « Les agresseurs harcèlent, tentent de les avoir à l’usure et au chantage. Certaines femmes disent être revenues, parties et revenues quatre fois ou plus. Le cerveau a subi un choc, il est en état de traumatisme et met du temps à comprendre les informations », analyse Louise Delavier. La professionnelle d’En avant toute(s) insiste sur la complexité de la situation des femmes vivant avec « des hommes puissant (avocats, professeurs, écrivains célèbres) qui maitrisent les procédures juridiques et persuadent les tribunaux de leur innocence avec plus de facilité. » 

Sans se concerter, les agresseurs utilisent une stratégie commune bien ficelée qui enferme la victime jusqu’à ce qu’elle ne soit plus en état de riposter seule. Le cycle débute par un isolement géographique, professionnel, social… Une fois la victime coupée de ses repères, vient la dévalorisation « tu es grosse, nulle, bonne à rien… »« Les limites sont subtiles car les agresseurs font passer ces remarques pour des blagues insignifiantes alors qu’ils détruisent progressivement l’estime de la victime via des scènes d’humiliations publiques ou des rabaissements permanents » reprend la responsable. 

Quand la femme saisit l’ampleur de l’emprise et montre des signes de résistance, l’agresseur inverse la culpabilité en invoquant une situation compliquée destinée à justifier ses actes : « Ça ne va pas en ce moment, je suis stressé, je bois beaucoup… », pour que la victime se sente fautive et culpabilise. À l’extérieur, cette relation malsaine interne au couple est insoupçonnable et indétectable. « L’agresseur agit normalement en s’assurant que le jour où la femme évoquera des signes de maltraitance, son entourage proche ne la croira pas. Il verrouille les accès et bloque la femme dans ce cercle vicieux qui se répète » détaille la professionnelle. 

L’agresseur inverse la culpabilité en invoquant une situation compliquée destinée à justifier ses actes

Après avoir signé la tribune du collectif féministe parue dans le journal Le Monde incitant le président français à prendre des mesures pour mieux protéger les victimes, l’association En avant toute(s) confirme sa présence à la mobilisation ce samedi 6 juillet : « Une meilleure connaissance de ces violences psychologiques permettrait aux femmes de se rendre compte plus rapidement des maltraitances dont elles sont victimes. Se mobiliser est essentiel pour mettre en lumière une cause qui touche les femmes (et quelques hommes) de tous milieux, quel que soit leur métier, situation sociale ou religion. »

hhttps://www.rtl.fr/girls/identites/noustoutes-la-prochaine-marche-contre-les-violences-sexistes-et-sexuelles-le-23-novembre-7798176908

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